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06/06/2009

La place du père dans la famille moderne ?

Comme toute différence, la différence des sexes est gênante parce qu’elle renvoie au manque insupportable. Cette castration est terrible mais il convient de l’assumer pour s’élever !


 

 

 

 

La place du père dans la famille moderne ?


 

La place du père dans la famille a considérablement évolué depuis une cinquantaine d’années et ne paraît toujours pas évidente aujourd’hui : plus que jamais, en ce début de XXIème siècle, elle pose question !


 

Pendant des siècles, les rôles des hommes et des femmes ont été cadrés avec rigueur par la société patriarcale. La marche vers la démocratie a apporté des ouvertures. Aujourd’hui les hommes ne se sentent plus obligés de maintenir une posture rigide et acceptent de dévoiler leur sensibilité. Ils peuvent se permettre d’exprimer leurs sentiments et de participer à des tâches autrefois réservées aux femmes, sans pour autant sentir leur virilité défaillir. Ils sont même des papas beaucoup plus présents, plus proches, qui savent entourer leur famille de leur protection et de leur affection.


 

Si comme l’affirment certain(e)s féministes, il y a égalité entre l’homme et la femme et si toutes les différences ne peuvent qu’être la conséquence d’une construction sociale sexiste, il n’y a alors aucune raison qu’ils ne puissent l’un et l’autre avoir les mêmes qualités et donc les mêmes rôles ! Ils sont donc responsables de leurs capacités et de leurs résultats et ce sera au moins performant à corriger ou parfaire son éducation. Les mentalités doivent changer et on ne peut nier qu’elles ont énormément évolué, malgré les réticences de certains. Parvenir à se défaire des stéréotypes sexistes imposés par la société patriarcale ne reste-t-il pas l’idéal à atteindre et, même s’il y a encore beaucoup à faire, n’est-ce pas déjà un grand succès de la mouvance féministe ? Ainsi, des hommes qui ont pourtant eu moins ou plus tardivement que les femmes les motivations pour se remettre en question, arrivent-ils quand même à sortir de leur rôle de « macho » et à davantage accepter la démocratisation de la société. Certains s’efforcent même de faire oublier leur masculinité assimilée au travers machiste !


 

S’il fallait positiver et rester politiquement correct, il faudrait en rester là. Mais la réalité quotidienne n’a-t-elle pas plusieurs facettes ?


 

On ne peut que se féliciter du recul des comportements sexistes chez les hommes. La nouvelle idéologie égalitariste n’a-t-elle pas cependant tendance à les culpabiliser quand ils n’arrivent pas à être aussi performants que les femmes ? Et pourtant faudrait-il qu’ils le soient ? De quelle égalité est-il alors question ? L’homme doit-il devenir « une femme comme les autres » ? Dans la famille doit-il devenir une seconde maman et doit-il, pour favoriser l’harmonie, entrer dans la dyade maman-enfant comme de nombreux papas s’y essaient avec plus ou moins de succès ?


 

Si l’homme peut « être dans l’affectif » et même dans le ludique avec ses enfants, doit-il pour autant oublier la fonction d’autorité à laquelle les « pères » traditionnels avaient le tord de s’identifier ?

Faut-il pour ne plus dériver vers l’autoritarisme, craindre l’autorité ?

Faut-il pour ne plus dériver vers « le père fouettard », ne plus jouer la fonction de père ?

Faut-il pour rejeter l’autorité paternelle sexiste ne plus distinguer dans l’autorité parentale la fonction de la mère et la fonction du père ?


 

La loi de 1970 donne pourtant l’autorité non pas aux parents mais « aux pères et aux mères » et pointe nettement la différence des sexes !

En effet, il n’est pas certain que l’humain ait intérêt à essayer de contourner la différence et de fusionner avec un autre soi-même. L’infériorisation de l’autre féminin par les hommes du passé en quête de certitude ne peut non plus autoriser aujourd’hui l’humain, fasciné par la toute-puissance, à dénier la limite incontournable. De même la réaction légitime contre des siècles de construction sociale sexiste ne doit pas faire oublier la structuration différente du psychisme chez l’homme et chez la femme, totalement indépendante de la culture. Des différences fondamentales, du fait d’être mis au monde par une femme, ne sont-elles pas visibles chez les hommes et chez les femmes dans les cultures du monde entier et à toutes les époques ?


 

Cette structuration différente du psychisme permet non pas de fixer une « nature » féminine ou masculine, mais de dégager des tendances et des motivations différentes. La maman qui a mis l’enfant au monde n’est perçue ni comme le papa et ni pareillement par les petits garçons et par les petites filles. Fantasmée toute-puissante, elle ne pourra jamais jouer les mêmes fonctions symboliques que le père. Même si elle peut avoir les mêmes capacités, ce qu’elle fera et dira sera toujours interprété différemment par l’enfant. Si elle veut faire preuve d’autorité, elle pourra éventuellement obtenir l’obéissance de l’enfant. Celui-ci cherchera à lui plaire par crainte de perdre son amour, mais il n’est pas certain qu’il apprenne à respecter la loi. En effet, comment pourrait-il intégrer une limite venant d’une personne perçue comme n’en ayant aucune ?


 

Comme toute différence, la différence des sexes est gênante parce qu’elle renvoie au manque insupportable. Cette castration est terrible mais il convient de l’assumer pour s’élever !


 

Il apparaît ainsi que si le papa peut être un bon papa câlin, il a aussi à jouer la fonction d’autorité, apparemment ingrate pour celui qui l’exerce, mais indispensable pour que l’enfant apprenne les limites et sorte de son sentiment de toute-puissance mortifère. Si l’homme accepte de jouer cette fonction, il ne peut l’imposer et elle doit lui être donnée par la maman qui renonce alors à « être toute » pour devenir mère : celle qui nomme le père chargé de dire la loi. Le père et la mère entrent ainsi, pour le bien de l’enfant, dans une « dépendance » qui n’est possible que s’il y a une véritable alliance entre eux !


 

Jean GABARD

suite à l’émission du 2 juin 2009 de R.C.F. : A votre service "Rendez-vous avec la petite Enfance. Quelle place pour les pères aujourd'hui ?" avec Jean GABARD, conférencier, auteur de "Le féminisme et ses dérives - Du mâle dominant au père contesté" Les Editions de Paris"
Prod : Elisabeth Martineau


 


 

15:20 Écrit par jeangabard | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook

Commentaires

Cet écrit me semble relever tout à fait le défi de notre époque. Cette nouvelle réorganisation des rôles parentaux est périlleuse. Et comment entrer dans cete "dépendance" vitale pour l'éducation d'un enfant lorsque tant de foyer ne connaissent pas "l'alliance" entre un père et une mère ?

Écrit par : Mathias | 15/06/2009

Nouvelle organisation des fonctions parentales périlleuse (je préfère « fonctions » à « rôles ») ?

N’est-ce pas plutôt l’organisation ancienne et l’organisation (ou la désorganisation) actuelle qui peuvent être qualifiées de dangereuses :
la première pouvant entraîner des névroses ?
La seconde … peut-être des psychoses ?

Il est certes toujours difficile de passer de la théorie à la pratique mais il y peu de chance que cela fonctionne si le projet a été construit sur des confusions !

D’autre part, faut-il penser à faire alliance lorsque l’on doit éduquer des enfants ou faut-il envisager d’éduquer des enfants une fois que l’on a fait alliance ?
Autrement dit, l’alliance ne doit-elle pas être d’abord une alliance entre un homme et une femme avant d’être une alliance entre un père et une mère ?

Pour envisager une alliance, il faut en accepter les contraintes et les frustrations pour, peut-être, entrevoir la joie (je ne dis pas plaisir !) d’éduquer un enfant et de grandir soi-même.

Écrit par : Jean Gabard | 15/06/2009

Je viens juste de vivre une situation semblable dans l'enseignement... une vacation, pour un poste d'arts appliqués,dans un lycée pro, 5 classes, d'une heure.... préparé pour le savoir à faire passé et malgré tout,... seul! mais totalement "désarmé" en matière d'autorité face à des individus totalement "paumés" sans repère, sans valeur sociale (telle que je les conçois...) cela m'a valu de démissionner au bout d'un mois et maintenant, l'enseignement c'est terminé ... l'éducation nationale teste la résistance des individus dans la "cage"... ce qu'ils sont capable de faire passer n'a qu'une valeur relative apparemment. Réfléchir c'est nécessaire pour tout acte, mais agir c'est nécessaire et urgent en ce moment et je pense que nos enseignants ont besoin de beaucoup d'aide... et les élèves aussi...

Écrit par : patrice | 29/10/2009

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