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27/05/2015

Paternalité

 

 

Une société se construit à partir du père, c'est lui qui dit le permis et l'interdit, c'est lui qui met des limites,

c'est lui qui coupe le lien fusionnel entre la mère et l'enfant.

 

 

Gabrielle Rubin

 

 

Mon prochain essai (à paraître bientôt) pourrait s'intituler :

 

Maternelle ... mais pas trop !

Pour que nos enfants puissent apprendre à l'école

 

 

 

 

 

 

Suite à mon intervention aux 43èmes Assises Nationales des Sages-Femmes à La Cité Internationale Centre des Congrès de Lyon

 

 mon texte sur la Paternalité paru dans le Compte-rendu scientifique des Assises 

 

Assise Nationale des Sages-Femmes 2015 001.jpg 

 

Paternalité *

 

 

La remise en cause des sociétés patriarcales, dans les pays occidentaux, a permis d’inscrire dans la loi et avec l’approbation d’une très grande majorité des populations, l’égalité entre les hommes et les femmes. La famille a été bouleversée. Le père a été déboulonné de son trône et privé de ses certitudes. Il n’y a plus aujourd’hui qu’un seul modèle de père mais plusieurs selon la vision du monde que l’on adopte. Au modèle de père traditionnel que certains veulent encore suivre ou retrouver, s’ajoute le modèle du père né de la contestation. Parce qu’il prend le contrepied du père autoritaire et sexiste, ce modèle de père est le plus suivi. Il est dit « moderne ». Il lui est cependant reproché ses absences voire même son inutilité et certains, n’acceptant ce sort et ne souhaitant pas non plus verser dans la nostalgie de l’enfance, peuvent souhaiter faire sortir ce père de sa crise d’adolescence pour en faire un père adulte.

 

 

 

Pendant des siècles, les rôles des hommes et des femmes ont été cadrés avec rigueur par la société patriarcale. Alors même que le géniteur restait « incertain », le statut de père était connu et reconnu.  L’homme savait parfaitement le comportement qu’il devait adopter. Il lui suffisait d’appliquer ce qui lui avait été appris par ses parents et qui se transmettait de génération en génération. Les règles nécessaires à la survie du groupe ne souffraient aucune discussion.

 

D’après l’idéologie de cette société, le père est le chef absolu de la famille. Ce dernier garde souvent une certaine distance et préfère laisser à la maman la tâche de s’occuper de l’enfant. C’est elle qui donne les soins et la tendresse au petit enfant. Arrivé à « l’âge de raison », le garçon est enlevé des mains des femmes pour entrer dans le camp des hommes où lui sont inculquées les valeurs dites « masculines » destinées à le distinguer du sexe dit « faible ».

Ce père autoritaire, davantage d’ailleurs dans l’autoritarisme que dans l’autorité, est aujourd’hui en voie de disparition dans les pays occidentaux où la victoire de la démocratie a rendu insupportables ses atteintes à la liberté et à l’égalité. Il est devenu le symbole du passé.

 

L’idéologie patriarcale a en effet commencé à être vraiment contestée à partir du XVème siècle par une vision du monde que l’on peut appeler « féministe » dans la mesure où elle s’est totalement opposée à celle de l’homme au pouvoir. Avec la contestation de son autorité dite d’origine divine, la société toute entière a été transformée.  Ces luttes libérales, démocratiques, féministes ont mis à mal la domination masculine et bouleversé les rapports hommes/femmes, pères/mères. De trop nombreuses femmes sont encore victimes du sexisme, mais dans les pays occidentaux, leurs droits sont maintenant reconnus. En quarante ans la démocratie a fait un bond prodigieux à l’intérieur de la société et de la famille. La nouvelle vision du monde, devenue dominante, demande à l’homme, lui-même ravi, d’abandonner une autorité paternelle jugée sexiste et même fasciste. Pour ne pas être accusé de machisme il doit avoir une conduite opposée à ce qu’elle était il y a encore cinquante ans.     

 

L’homme qui autrefois n’était jamais certain d’être le géniteur peut encore ne jamais savoir qu’il est géniteur mais il a maintenant la possibilité de le vérifier et d’en avoir la certitude si l’enfant lui est présenté. Ce n’est, par contre, plus lui qui décide d’avoir ou pas un enfant. L’homme peut être géniteur d’un enfant sans être le « papa » et inversement il peut être papa sans être le géniteur, le « papa » étant celui qui s’occupe de l’enfant, qui lui donne l’image de l’homme et l’affection.

Avec la révolution des années 1960 c’est ce rôle de papa qui a connu la plus grande transformation. Alors qu’il était peu joué pour ne pas risquer de nuire à la fonction d’autorité, il est aujourd’hui revendiqué et pris très au sérieux. Le papa moderne se sent, en effet, très impliqué et se veut très appliqué. Il est maintenant beaucoup plus présent dès avant la naissance et tout au long de l’enfance qui se prolonge. Il sait donner de l’affection, prendre soin de ses enfants et jouer avec eux. Il apporte une touche différente de celle de la maman et d’autant plus bienfaisante qu’elle est différente. Toujours est-il que se crée entre l’enfant et le papa un attachement réciproque très fort et persistant que les papas se réclamant de la modernité savent apprécier.

 

Le papa moderne est même tellement soucieux de sortir des stéréotypes et coupable de les avoir suivis, qu’il a tendance à rejeter les valeurs dites « masculines » et à adopter les valeurs dites « féminines », dénigrées il y a encore cinquante ans. L’adulte, le père, le masculin, la raison et même la culture, assimilés à la domination masculine, ne s’imposent plus. Les caractères autrefois vénérés chez les hommes : la froideur, la rigueur, la distance, la droiture, la fermeté, la force … sont dévalorisés alors que les caractères dit « féminins » et autrefois attribués aux femmes : la sensibilité, la spontanéité, la proximité, la complicité, l’écoute, la compassion, la flexibilité, la non-violence… sont aujourd’hui idéalisés. Ces derniers nous renvoient au stade intra-utérin de l’indifférenciation, de la complétude que l’enfant perd avec la naissance et qu’il connote positivement à mesure qu’il est confronté à l’altérité, à la frustration et aux violences de la vie. Longtemps interdite, l’envie de retrouver ces plaisirs est devenue la norme et presque une raison de vivre. Il s’agit même, au nom de la liberté et du « droit au plaisir », de satisfaire ce désir qu’il est, maintenant, interdit d’interdire. La nouvelle idéologie somme même les hommes et les femmes de « lâcher prise », de développer leur versant féminin et même enfantin afin de retrouver l’harmonie.

 

L’homme qui a dû, petit garçon,  renoncer à sa référence première, se distinguer d’elle et se construire autrement est maintenant convaincu qu’il possède au fond de lui les qualités qu’il a toujours vu chez les femmes. Il est persuadé qu’il lui suffit de ne plus les brimer et de les laisser s’exprimer. S’il a du retard, celui-ci ne peut être dû qu’à son éducation sexiste. Pour le combler, il n’hésite pas à se faire aider dans son développement personnel. « L’homme nouveau » écume les stages et les thérapies pour apprendre à « être lui-même » à « retrouver sa féminité originelle ». 

 

Dans la famille, le père qui se veut moderne change son comportement et accepte les rôles autrefois réservées aux femmes. De patriarche au pouvoir absolu il devient le papa pleinement conscient de devoir partager les tâches domestiques et l’autorité parentale. Se comparant à la femme qu’il peut maintenant fantasmer librement, il est cependant assez vite mis en difficulté lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre les qualités qui ne sont plus dites « féminines » mais qui sont pourtant bien celles qui étaient autrefois attribuées aux femmes. Il ne sera jamais assez sensible, authentique, spontanée, indulgent, jamais assez dans la finesse, la proximité, la compassion, il aura toujours trop de difficulté à parler, à exprimer ses sentiments… Alors que la femme était considérée comme un homme incomplet, c’est alors l’homme qui est jugé maladroit, mal éduqué. Portant le poids des millénaires de phallocratie, il se trouve d’autant plus diabolisé qu’il est rendu lui-même responsable de sa mauvaise éducation. Jouant le militant féministe, par conviction ou pour chercher à séduire, il a alors tendance à faire son mea culpa et à s’incliner pour ne pas être traité de « macho ». Culpabilisé, il a même un devoir de repentance d’appartenir à la race des hommes et presque une obligation de soin pour rattraper le retard pris sur la femme, dans « sa réalisation intérieure ». Pour atteindre un androgynat utopique, il lui est prescrit de prendre exemple sur la femme et c’est ce qu’il essaie de faire.

 

S’il a, malgré toute sa bonne volonté, encore des progrès à faire, l’homme dans la famille semble cependant se contenter de ce rôle. Il accepte de s’occuper du bien-être et de l’éducation de ses enfants qui se veut sans violence, bienveillante, respectueuse de l’enfant, mais ne voulant plus verser dans les travers du mâle dominant autoritaire et sexiste ou craignant de le faire, il se décharge assez facilement, sur sa compagne, de sa fonction d’autorité. Celle-ci ne se prive d’ailleurs pas d’exercer comme elle l’entend cette autorité à laquelle elle n’avait officiellement pas droit avant qu’elle ne devienne parentale en 1970.

 

Déjà jugé moins habile dans les soins et pour donner de l’affection par rapport à la maman, le papa moderne peut être aussi perçu par les enfants comme une personne de moindre importance, réduit à suivre une maman décidant souvent seule. Le spectacle donné aux petits enfants leur confirme ce qu’ils ont toujours perçu : que la maman qui les a mis au monde, leur a tout apporté avant et encore après la naissance et avec qui ils restent fusionnels, leur est bien indispensable et pour cela, à la fois fascinante et terrifiante ; que cette maman est bien une déesse toute-puissante qui fait ce qu’elle veut et qu’ils sont bien eux-mêmes des divinités. Face à cette maman fantasmée, le papa fait figure de subalterne au service de la maman, un serviteur aussi à leur service, qui peut être adorable mais qui ne mérite pas d’être écouté puisque c’est la maman qui dirige. L’autorité de ce papa s’en trouve considérablement affaiblie et semble même de plus en plus lui échapper.

Moins performant et ne voulant plus ou ne pouvant plus avoir d’autorité, le papa moderne a tendance à se faire discret. Il risque cependant, plus il se terre et même « s’évapore », de se voir reprocher son inefficacité, son « absence » particulièrement lorsque la maman se trouve dépassée et n’arrive plus à se faire obéir par les enfants. Les reproches, surtout s’ils sont faits devant les enfants ou simplement s’ils transparaissent, ne font alors qu’augmenter le malaise de l’homme et réduire le peu d’autorité qu’il pourrait encore avoir. S’il résiste et s’oppose, celui-ci peut même devenir, pour l’enfant, l’adversaire de la maman et donc aussi le sien. Abhorrant l’autoritarisme, il ne reste alors à ce papa que la séduction, qui fera peut-être obéir l’enfant mais qui ne permettra pas à ce dernier d’intégrer les limites.

Dans une société qui fait de l’indépendance un idéal, le papa considéré moins qualifié, peut alors devenir non indispensable quand ce n’est pas gênant ! La sanction peut être son renvoi et avec la séparation non seulement la perte presque totale de l’autorité sur ses enfants mais aussi la privation de la présence de ces derniers dont la résidence est donnée dans 80% des cas à la maman. Le malaise de l’homme prend alors des aspects dramatiques. Lui, l’homme moderne, le partisan de l’égalité qui a tout fait pour laisser une place à la femme, n’est-il pas en train de perdre la sienne ?

 

La remise en cause de la domination masculine était inévitable et il ne peut être question de revenir sur les acquis des conquêtes féministes. L’évaporation de l’homme dans la famille n’est pourtant pas inéluctable.  Le père a en effet une place dans la famille et cette place ne peut être trouvée qu’en prenant en compte la différence des sexes quand le père traditionnel la dénie en faisant de la différence féminine une infériorité et quand le père moderne la dénie tout autant en en faisant une injustice.

 

L’utilisation de la différence des sexes, par les hommes du passé, pour inférioriser « l’Autre féminin », semble avoir autorisé l’humain moderne, fasciné par l’unité et la toute-puissance, à dénier le manque incontournable. La réaction légitime contre des siècles de construction sociale sexiste non reconnue mais mis en évidence par les Etudes de Genre, fait oublier les différences biologiques et encore plus les différences de structuration du psychisme.

Il est encore impossible de montrer de façon certaine tous les liens entre la biologie et les comportements des hommes et des femmes mais les sciences commencent à mettre à jour les différences hormonales et l’influence de ces dernières. On sait par exemple que l’ocytocine qui envahit la femme dans la période de l’accouchement favorise « l’accordage »  nécessaire avec le petit enfant dans la période dite d’assertivité. On connait aussi beaucoup mieux les effets de la testostérone sur le petit garçon à la naissance et tout au long de sa vie. Boris Cyrulnik rappelle que lorsque l’on injecte de la testostérone à une femelle chimpanzé cela peut suffire à la faire changer d’objet pour jouer. Il est certes encore difficile de mesurer tous les effets produits par les taux de ces hormones sur le comportement de l’homme et de la femme mais il paraît de plus en plus difficile de les nier.

Il existe une autre différence qui n’est jamais prise en compte par les études de genre : la différence de structuration du psychisme. Etant du domaine de l’inconscient, elle est, certes, par définition non maîtrisable. Elle ne peut par contre être soupçonnée de dépendre de la culture et elle est difficile à ne pas envisager. On ne peut en effet nier que le fait de naître dans un corps de femme d’une personne du même sexe pour une fille ou dans un corps d’homme d’une personne du sexe différent pour un garçon (et ceci est totalement indépendant du lieu et de l’époque) puisse avoir un effet au moins aussi important que le fait d'offrir une poupée à une fille et un camion à un garçon. D’autre part si l’on s’accorde, avec la très grande majorité des psychologues, pour dire que les petits enfants, garçons ou filles ont pour première référence la maman et que celle-ci est perçue comme une divinité toute-puissante, on peut aussi imaginer qu’ils ne vont pas réagir pareillement si elle est petite fille, appelée à devenir comme sa maman ou s’il est petit garçon, devant trouver un modèle ailleurs. Si la petite fille peut continuer à s’identifier à sa maman avec la certitude de devenir (si ce n’est d’être déjà) toute-puissante comme elle, le petit garçon va devoir renoncer à son premier modèle et à la possibilité d’être tout-puissant. Cette castration psychique est absolument terrible. Pour la supporter, il a besoin de la refouler en se prouvant qu’il n’a jamais voulu devenir comme sa maman et qu’il n’a donc aucune raison de souffrir. Pour cela, il lui faut dénier sa fascination pour le féminin et se persuader qu’il est préférable d’être un garçon. Ceci l’amène à exhiber ses attributs masculins et à dénigrer ce qui appartient à la féminité. Si ce machisme grotesque n’a pas lieu d’être cautionné par l’adulte, il est pourtant indispensable pour l’enfant qui a besoin, à ce moment, de trouver un modèle d’homme dont il est fier pour pouvoir sortir de sa sidération de la femme et se construire différemment.

 

Il est difficile d’apporter des preuves scientifiques de cette structuration du psychisme de même d’ailleurs qu’il est impossible d’en apporter pour la construction sociale mais peut-on la nier tant elle apparaît logique ?

 

Les Etudes de genre ont permis de lutter efficacement contre la construction sociale et les discriminations sexistes mais pour éviter les discriminations,  il n’y a pas eu simplement remise en cause de la mauvaise utilisation de la différence des sexes mais dénégation de cette dernière en la présentant comme le seul résultat de la construction sociale et donc comme une injustice appelée à disparaître. Et pourtant il y a bien une différence des sexes s’expliquant à la fois par la biologie, la structuration du psychisme et la construction sociale, qu’il est nécessaire de gérer. C’est ce que veut faire le père que l’on dira adulte

 

Le père adulte qui connaît et accepte la différence des sexes,  n’a pas une vision négative de lui-même. Il assume ses tendances qu’il peut maintenant mieux comprendre et qu’il ne considère pas moindres que celles de la femme mais seulement autres. Il n’a pas peur de les mettre en œuvre et la différence avec celles de la maman permet aux enfants de se forger une image d’eux-mêmes, de l’homme et de la femme. Comme le père moderne il ne craint pas de manifester son affection sans chercher à imiter une maman. Il sait que cette proximité avec l’enfant ne nuit pas à la fonction d’autorité qu’il veut exercer sérieusement mais sans se prendre au sérieux quand il le faut et uniquement quand il le faut. Il a compris aussi que la fonction qui consiste à dire la loi lui revient non pas parce qu’il est supérieur mais parce qu’il n’est pas à la même place que la maman dans l’ordre familial.

 

Les petits enfants quel que soit leur sexe perçoivent, en effet,  celle qui leur a donné la vie comme une divinité toute-puissante et vont connaître une structuration du psychisme différente suivant qu’ils sont garçons ou filles.  Cette structuration différente du psychisme conditionne le rapport à la loi. Fantasmée toute-puissante, la maman ne peut jouer les mêmes fonctions symboliques que le père. Ce qu’elle fait et dit est toujours interprété différemment par le  tout petit enfant qui, s’il peut enregistrer énormément de sensations n’a pas encore les moyens de tout comprendre. Cette maman peut tout à fait faire preuve de sévérité. Celle-ci peut d’ailleurs être extrêmement traumatisante pour un petit garçon qui ressent l’intervention violente de la maman et même d’une femme, comme un cataclysme qui le renvoie à sa castration psychique, quand il s’est aperçu qu’il ne pourrait plus être comme sa référence première. De plus, si elle fixe seule des limites sans faire intervenir un tiers, l’enfant peut lui obéir mais cherche surtout à lui faire plaisir pour ne pas la perdre. Son but est de la copier pour rester dans la « toute-puissance » avec elle. Quand la maman veut le limiter, le petit enfant, lui n’a en fait qu’une idée : l’imiter. La demande de la maman est perçue comme un chantage affectif et il n’est de toutes les façons jamais question de loi à respecter puisque les mots viennent d’un lieu où, pour lui, la limite n’existe pas. N’entendant pas la loi, il reste littéralement « hors la loi » (contrairement à l’enfant victime de l’autoritarisme qui peut la rejeter, lui, ne la connaît pas !).

 

Le compagnon (qui n’est pas forcément le géniteur ou le papa) n’a pas mis au monde l’enfant et a « neuf mois de retard ». Il n’est pas perçu tout-puissant. Etant perçu limité, il peut faire intégrer les limites aux enfants. Pour cela il doit être lui-même dans la loi et non seulement dire la loi, décidée avec la maman, mais aussi être écouté. Et il ne le sera que s’il est nommé père par la maman en étant aimé et valorisé par elle. En consentant à se présenter comme quelqu’un qui écoute le père,  la maman entre alors dans la fonction de mère. Elle signifie à l’enfant qu’elle n’est pas toute-puissante puisqu’elle manque et qu’elle a besoin d’un autre. L’homme désigné entre dans la fonction de père. Ayant reçu l’autorité de la mère, il devient important et mérite alors d’être écouté. La loi à laquelle il se plie et qu’il se contente de dire (il ne s’agit pas de faire sa loi), sera plus facile à accepter par l’enfant. L’exemple de ses parents acceptant leur non toute-puissance (L’homme au pouvoir absolu ne peut être dans la fonction de père) permettra aussi à l’enfant de mieux assumer sa propre castration en se rendant compte que c’est possible et que cela peut même rendre heureux.

 

Il semble donc que le tout petit enfant qui ne voit pas la réalité comme l’adulte, ait besoin de ce jeu pour intégrer la loi dans les premières années (jusqu’à six ou sept ans). Ce n’est que s’il l’assimile petit enfant, qu’il pourra par la suite comprendre que la loi puisse être dite aussi par la mère et même par une autre personne. Il faut cependant savoir que de même qu’il a eu des difficultés à supporter que sa maman ait eu besoin d’un homme pour enfanter (le mythe de la vierge Marie), il résiste longtemps à admettre que sa maman avec qui il voudrait toujours fusionner puisse être limitée et dans la loi. C’est en effet, pour lui, assumer qu’il n’est pas tout-puissant alors qu’il voudrait rester l’enfant-dieu sans contrainte !  C’est pour cela qu’il reste longtemps nécessaire pour le père de manifester sa présence et, avec la mère de répéter souvent, ce qui n’est qu’un jeu mais un jeu indispensable.

 

Comme le père moderne, le père adulte peut partager les tâches avec sa compagne montrer son affection et jouer avec ses enfants. Il a en plus à jouer froidement la fonction d’autorité qui consiste à représenter la loi après avoir été nommé dans cette fonction par la maman qui a elle-même accepté de jouer la fonction de mère. En jouant leur fonction non interchangeable mais dépendante, l’homme et sa compagne se donnent un projet commun. Ils évitent entre eux la concurrence qui aboutit toujours à l’éviction d’un perdant. Ils contribuent à l’éducation de l’enfant mais aussi au renforcement des liens du couple comme à leur développement personnel.

 

 

Qu’elle soit traditionnelle, moderne ou adulte, la « paternalité » (et donc la parentalité) dépend de notre vision du monde. La paternalité traditionnelle est aujourd’hui difficilement acceptable en démocratie. La paternalité moderne amenée par la contestation libérale, démocratique et féministe, semble aujourd’hui faire l’unanimité en apportant la liberté et l’égalité. Elle nous fait cependant connaître aujourd’hui une véritable crise d’adolescence avec notamment une prolifération d’enfants-dieux difficiles à gérer dans la famille, à l’école, dans la société toute entière. Alors, après l’enfance et l’adolescence, n’est-il pas temps d’avancer et de passer à l’âge adulte ?

 

 

« Paternalité » : façon de devenir, de se sentir, de se montrer père

 

 

 

 

Jean GABARD 

Auteur de « Le féminisme et ses dérives – Rendre un père à l’enfant-roi »,

Les Editions de Paris Max Chaleil, réédition novembre 2011

 

 

Jean GABARD

http://blogdejeangabard.hautetfort.com

http://www.jeangabard.com

 

jean.gabard@gmail.com

12:28 Écrit par jeangabard | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook

Commentaires

Donc,si je vous suis bien,votre remise en cause du féminisme et votre théorie se fonde sur votre interprétation des choses puisqu'elle n'est pas prouvable scientifiquement. Ca vous parait logique?? Ce qui me parait logique à moi,c'est que tant qu'on éduquera différement et qu'on se comportera de façon différente avec un garçon qu'avec une fille,il sera impossible de prouver votre fameuse différence des sexes qui est chère au coeur de beaucoup de gens,hommes ou femmes.
De même,je trouve un peu fort de café votre façon de mettre le phénomène des enfants roi sur le dos du féminisme. Du reste,je ne vois pas le rapport avec la choucroute: le laxisme de certains parents n'est pas causé par "l'émasculation" des pères mais par les dérives de l'éducation à l'ancienne qui ont conduit psy et autres professionnels de l'éducation à mettre en garde les parents contre une éducation rigoriste.
Quant à votre fameux "le père doit rendre la loi" pour lui rendre sa place dans l'éducation des enfants,je le trouve d'un sexisme révoltant. Ca fait écho au fameux "le père est chef de famille". Il faut croire que ça vous a davantage marqué que vous pourriez le croire.

Écrit par : Maud | 09/08/2015

Merci de votre commentaire

Ma remise en cause d'une idéologie féministe repose d'abord sur le fait que la vision du monde est devenue une idéologie.
Ensuite sur le fait que le postulat du genre ne peut absolument pas prouver que les différences hommes-femmes proviennent uniquement de la construction sociale (même si je condamne toute discrimination et tout stéréotype sexiste) et même qu'il n'est pas soutenable puisque certaines différences viennent du biologique (et celles-ci sont prouvées)
L'autre cause de la différence des sexes est la structuration du psychisme. Celle-ci ne peut pas se prouver scientifiquement puisqu'elle concerne l'inconscient (l'inverse non plus). C'est la raison pour laquelle je n'avance pas de théorie mais simplement un postulat. Je rappelle que le but des sciences n'est pas de prouver qu'elles ont la vérité (elles savent qu'elle n'existe pas) mais de montrer que certains postulats sont faux.

Le sexisme ne consiste pas à montrer une différence mais à la nier et donc à ne pas en tenir compte et au final à ne pas la respecter. Dire que la différence est injuste est une façon de dire qu'elle ne doit pas exister

Dire qu'il y a une différence entre un homme et une femme et entre la fonction de père et la fonction de mère ne veut pas dire que l'un est supérieur à l'autre. D'ailleurs quelle serait la fonction supérieure entre celle qui consiste à donner l'autorité et celle qui consiste à la recevoir ?

J'ai dit plus précisément que le père a la fonction de dire la loi décidée avec la mère, au petit enfant. Ceci n'a plus aucun rapport avec le père de la société patriarcale qui faisait sa loi.

Vous pouvez constater que c'est bien le féminisme toute tendance confondue qui a remis en cause la fonction de père au nom de l'égalité alors qu'il ne doit y avoir qu'égalité en droits.

C'est bien l'absence de fonction de père qui empêche les enfants d'intégrer la loi puisque la maman perçue toute-puissante (et donc hors la loi) par l'enfant n'est pas en mesure de la dire

Écrit par : Jean GABARD | 11/08/2015

Le postulat du genre ne peut pas prouver que les différences son socialement construites? On ne peut pas prouver l'inverse non plus et c'est seulement en cessant d'éduquer les enfants de façon genrée et d'attendre des enfants des comportements tout aussi genrés qu'on parviendra à déterminer s'il existe vraiment des dfférences hommes/femmes. Il y a des differences biologiques prouvées scientifiquement? Les scientifiques n'échappent pas aux préjugés de leur époque et vous êtes au courant j'en suis sûre que nombre de théories scientifiques ont été remises en question.
Un exemple?? Broca qui a conduit des travaux remarquables sur le langage a "prouvé" que les femmes étaient moins intelligentes que les hommes parce qu'elles avaient un cerveau plus petit. Aujourdhui,n'importe quel(le) scientifique qui prétendrait une telle chose se ferait rire au nez.
Par contre,je ne saisis pas ce que vous voulez dire par "la fonction supérieure qui consiste à recevoir l'autorité". De qui vous parlez? La mère? Si oui,vous ne voyez vraiment pas quel est le problème avec cette affirmation?
Pour conclure,je vous avoue que je ne vois pas pourquoi le fait qu'on parle d'égalité entre hommes et femmes vous dérange tellement. Considérer que les hommes et les femmes ne sont pas égaux,c'est légitimer les inégalités dont sont victimes les femmes.

Écrit par : Maud | 11/08/2015

Je n'ai fait que poser la question : "quelle serait la fonction supérieure entre celle qui consiste à donner l'autorité et celle qui consiste à la recevoir ?" Personnellement je n'en vois pas une plus que l'autre ... et vous ?

Pourquoi prenez-vous l'exemple de Broca ? Comme vous le dites il fait rire tout le monde. Par contre plus récemment on a montré l'influence des hormones sur les comportements. Et même sans preuve scientifique comment peut-on penser une seconde que le fait de naître dans un corps de femme d'une personne du même sexe et dans un corps d'homme d'une personne du sexe opposé puisse ne pas avoir au moins autant d'importance que le fait de recevoir un camion ou une poupée en cadeau ?

Que le postulat du genre puisse prouver que des différences sont socialement construites j'en doute mais peu importe. C'est pour moi une évidence que la construction sociale a une influence importante. Dire le contraire serait ridicule ! Mais les preuves existent (je vous les ai données) qu'elle n'est pas la seule. A partir du moment où il existe la moindre autre cause, le postulat du genre (qui se prend pour une théorie) ne tient plus

Le fait que l'on parle d'égalité hommes-femmes me fait plutôt rire parce que l'égalité n'a jamais existé et qu'elle ne peut exister. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il faut absolument que l'égalité en droits soit respectée et que je ne cesserai de me battre pour qu'elle soit respectée.

Écrit par : Jean GABARD | 11/08/2015

Pour moi,la question ne se pose tout simplement pas. Les femmes n'ont pas à recevoir d'autorité de qui que ce soit à n'importe quel moment que ce soit et pour quelque raison que ce soit,pas plus ni moins que les hommes.
La théorie de Broca est risible... Aujourdhui avec les connaissances que nous avons mais au XIXème? Sa théorie faisait autorité à l'époque et c'était de toute façon un avis largement partagé à l'époque par la communauté scientifique et la société toute entière. C'était même au point que si la théorie de Broca a été discréditée,le postulat de départ est resté:les femmes étaient moins intelligentes que les hommes. C'est une idée fausse qui a perduré jusqu'au XXème siècle,environ. Mais bref,je n'ai cité l'expérience de Broca que pour montrer qu'être scientifique ne protège absolument pas des préjugés de son époque.
Quant à vos fameuses hormones qui ont été utilisées pendant des années pour justifier les viols et la violence des hommes en général et affirmer que c'était ce qui rendait les femmes "hystériques" ,j'y vois un gros problème: hommes et femmes produisent les mêmes hormones,la différence se situant sur la quantité et surtout le dosage hormonal est différent chez chaque individu. De plus,il serait très réducteur d'expliquer le comportement humain par les hormones en mettant de côté tout le reste.
A partir du moment ou il existe une autre cause,le postulat du genre ne tient plus vous dites?? Donc,si je vous suis bien,la théorie des différences "naturelles" entre hommes et femmes ne tient pas non plus,puisque vous admettez que la construction sociale a une influence importante.
Il y a une différence entre ne pas croire que l'égalité n'a jamais existé et qu'elle ne peut exister et estimer qu'il ne devrait y avoir d'égalité qu'en droits,d'autant que l'égalité des droits est déjà acquise. Théoriquement,les hommes et les femmes sont égaux en droits. En pratique,c'est malheureusement bien différent. Les inégalités sont nombreuses.

Écrit par : Maud | 12/08/2015

Personne n’a de l’autorité naturellement. Les femmes n’ont pas d’autorité avec les petits enfants. Elles ont le pouvoir du chantage affectif. Les hommes n’ont pas d’autorité mais ils peuvent l’exercer si la maman les nomme dans cette fonction.

Les scientifiques n’ont pas la vérité et maintenant ils le savent

Vous dites : « Hommes et femmes produisent les mêmes hormones, la différence se situant sur la quantité ». Effectivement les hommes, en général, ont beaucoup plus de testostérone que les femmes et beaucoup moins d’ocytocine
En parlant des hormones, je n’ai donné qu’un exemple de différence biologique

Je suis tout à fait d’accord avec vous pour dire que les théories naturalistes sont fausses. Les différences hommes-femmes ne tiennent pas qu’à la biologie et même si c’était le cas, elles ne justifieraient jamais qu’il n’y ait pas « égalité en droits ». Ces différences ont pour origine la biologie, la structuration du psychisme et la construction sociale et donc le postulat du genre ne tient pas quand il est dit que toute différence vient de la construction sociale et qu’elle serait donc injuste.

Les hommes et les femmes sont égaux en droits et ces droits ne sont pas toujours respectés. Il faut donc demander non pas l’égalité impossible et pas souhaitable mais que l’égalité en droits, d’abord soit reconnue, ce qui est fait en France, et soit parfaitement respectée

Que les inégalités soient nombreuses n’est pas un problème et elles ne peuvent pas être condamnées. Là où il y a problème c’est lorsque des inégalités viennent d’un non respect de l’égalité en droits donc d’une injustice. Ce sont ces injustices qui doivent être condamnées comme toutes les injustices, comme tout non respect de la loi.

Écrit par : Jean GABARD | 13/08/2015

Les femmes n'ont pas d'autorité avec les petits enfants et ne connaissent que le chantage affectif? Allez dire ça aux enseignantes en maternelle ou aux assistantes maternelles,elles apprécieront. Même pour les mères,vous n'avez pas l'impression de faire une grosse généralité là? L'autorité n'a rien à voir avec le sexe,c'est une question de personnalité.
Je ne vous suis pas quand vous dites que l'égalité n'est pas souhaitable,qu'entendez vous par là?

Écrit par : Maud | 13/08/2015

Les enseignantes et les assistantes maternelles ne peuvent exercer la fonction d'autorité et l'avoir que si elles sont nommées dans la fonction de père par des parents qui jouent la fonction de mère. Malheureusement ce n'est pas souvent le cas.

La personnalité ne donne pas de l'autorité mais du charisme ...

L'égalité n'est pas souhaitable sur terre. Si elle était possible ce serait le paradis. Quelle ennui ! L'égalité en droits respectée sur terre, ce serait pas mal !

C'est parce qu'il y a différence homme/femme que la relation est possible

Écrit par : Jean GABARD | 13/08/2015

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