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10/01/2007

sans père ni repère

              QUESTIONS A    

                    JEAN GABARD

 

Sans Père 

             ni repère

Jean Gabard tient une conférence à Annonay mardi 9 janvier à 18 h à la Presqu’île et à Romans jeudi 18 janvier à 18 h à la Médiathèque Simone de Beauvoir sur le thème de « la place des pères dans l’éducation des enfants ». Ni misogyne, ni réactionnaire, il dénonce les dérives d’un féminisme jusqu’auboutiste. Un vrai débat de société.          

    Vous venez de publier un livre sur le féminisme et ses  dérives. Comment en êtes-vous arrivé à écrire ce livre ? Alors que les lois qui permettent aux femmes d’accéder à l’égalité en droits viennent à peine d’être signées et sont encore loin d’être respectées, comment, en effet, avoir l’idée d’écrire un livre qui dénonce les dérives du féminisme ? J’ai participé aux mouvements des années 1968 dont j’ai soutenu la vision du monde que j’appelle « féministe » dans la mesure où, surtout depuis le XVème siècle, elle s’oppose radicalement à l’idéologie de la société patriarcale traditionnelle autoritaire et machiste. Je la soutiens encore lorsque les mouvements féministes, qui ont pris la relève des mouvements libéraux et démocrates masculins, luttent pour la liberté et l’égalité en droits. Cependant j’ai pu constater, dans l’exercice de ma fonction d’enseignant, que pour beaucoup, la liberté consistait à vouloir faire tout ce que l’on avait envie de faire et que l’égalité en droit était confondue avec le droit à l’égalité. En m’intéressant à la pédagogie, à la psychologie de l’enfant, puis aux relations professeur-élèves, parents-enfants, hommes-femmes… j’ai pu mesurer les problèmes que ces confusions engendraient
Que reprochez-vous aux femmes d'aujourd'hui ?
Pourquoi voulez-vous que je reproche quelque chose aux femmes ? D’abord je ne dénonce pas le féminisme et encore moins les femmes, mais des dérives d’une idéologie dont les hommes et les femmes sont tout autant responsables que victimes. Je pense que ces dérives étaient malheureusement inévitables. Chaque fois que l’humain réagit, -et il y avait particulièrement besoin de réagir contre l’idéologie de la société patriarcale traditionnelle-, il a tendance à aller trop loin et comme on dit « à jeter le bébé avec l’eau du bain ». Simplement il faut assez rapidement prendre conscience de ces dérives afin d’essayer de les éviter.

Vous semblez dire que le père n'a plus sa place dans la société actuelle et que de là découlent bien des problèmes ? Pouvez-vous nous dire pourquoi ?
Le père, comme toute autorité, tenait son pouvoir de Dieu et il en a souvent usé et abusé en étant tyrannique et sexiste, si bien qu’aujourd’hui, en démocratie, en prônant le contraire au nom de la liberté, on ne veut plus qu’il exerce le pouvoir et, au nom de l’égalité, on ne veut surtout pas que sa fonction soit différente de celle de la mère : nous confondons aujourd’hui égalité en droits avec identité si bien que souvent aujourd’hui, les parents n’exercent auprès des enfants que des rôles affectifs semblables, en délaissant les fonctions symboliques connotées sexistes puisque différentes. Et pourtant ces fonctions sont indispensables pour permettre à l’enfant d’intégrer les « re/pères » dont il a besoin pour apprendre à l’école, pour vivre en société…

Ne pensez-vous pas que depuis que le monde est monde, il y a des rapports conflictuels entre les deux sexes ? Et qu'aujourd'hui ce n'est pas plus ni moins qu'hier ou demain ?
Bien sûr l’opposition a toujours existé. On peut cependant distinguer deux périodes et je l’espère trois. En simplifiant, je dirais que du Néolithique à la fin du Moyen-Age, période que l’on peut comparer à l’enfance de l’humanité, les hommes au pouvoir ayant des difficultés avec la différence ont décidé de maîtriser les femmes en les infériorisant. En réaction, pendant la période qui suit et que l’on peut comparer à l’adolescence, l’idéologie « féministe » s’est ingéniée à gommer la différence des sexes jusqu’à la nier. Mais l’humanité ne doit-elle pas apprendre à l’assumer et à la gérer en respectant les droits des uns et des autres, si elle veut devenir adulte ?

Pensez-vous vraiment que les hommes sont en danger, quand les femmes sont au pouvoir ? Et qu'il en va du bien être de l'humanité que d'agir pour un juste équilibre ?
Qu’il y ait des hommes ou des femmes au pouvoir dans un système démocratique ne peut pas représenter de danger. Il y a danger quand l’homme ou la femme restent dans la toute-puissance. Au pouvoir, l’équilibre est bien sûr souhaitable, mais si une démocratie doit le favoriser, il faut prendre garde à ne pas nier la différence des sexes et à ne pas rechercher l’unité de sexe comme d’autres ont recherché l’unité de race ou l’unité de classe.


Vous organisez des conférences débats, comment êtes-vous perçus par les femmes ? N'avez-vous pas peur d'être taxé de misogyne ?                                                                        Mon discours n’est pas un discours séducteur, mais ceux qui dépassent le titre un peu provocateur de mon livre ou qui m’écoutent dans mes conférences-débat se rendent très vite compte que vouloir respecter la différence homme-femme n’est certes pas une voie facile, mais que c’est une condition première pour qu’hommes et femmes soient respectés : c’est ce discours que je propose et que je tente d’expliciter.  

Sur quoi basez-vous votre travail ? Des observations ? Des études ?                                   Entre 1989 et 1998, j’ai suivi de nombreux séminaires sur la formation du psychisme qui m’ont énormément apporté. J’ai aussi beaucoup lu et observé tant dans ma vie privée que professionnelle.


Quelle est votre conclusion sur tout ça ?                                                                                        Ma conclusion est que l’humanité avance et qu’après l’enfance et la crise d’adolescence que nous traversons, nous pouvons tous avoir le projet de devenir adulte. Le simple fait d’essayer est déjà passionnant.

                       Propos recueillis par NATHALIE FABRE

                     L’Hebdo de l’Ardèche  5 janvier 2007

                                    

23:00 Écrit par jeangabard | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

05/01/2007

Les dérives égalitaristes concernent chaque famille

 

REFORME N°3205

4-10 janvier 2007 O P I N I O N S

Jean GABARD. Cet enseignant en histoire-géographie analyse dans son dernier livre, Le féminisme et ses dérives, les problèmes posés aujourd’hui par une société qui nie les différences des sexes au nom de l’égalité, devenue égalitarisme.

« Les dérives égalitaristes

concernent chaque famille »

Dès le XVème et XVIème siècle, les Humanistes réagissaient contre la barbarie du Moyen Age et les protestants remettaient en cause l’origine divine de toute autorité. L’idéologie de la société patriarcale traditionnelle, commençait alors à perdre une légitimité jusque là incontestable et incontestée. Il y a une quarantaine d’années, la « Révolte contre le père »* des années 1960 promettait d’éradiquer ce qui restait des archaïsmes prétendument responsables de tous les maux de la terre. Cette aspiration à un monde plus humain, plus juste, plus harmonieux s’est amplifiée et a gagné la majorité de la population des pays occidentaux. La société s’est libérée de contraintes qui devenaient insupportables. Elle a donné la parole et des droits à des hommes et à des femmes qui n’en avaient jamais eus. Elle s’est féminisée comme elle ne l’a jamais été auparavant : les valeurs traditionnelles sont aujourd’hui non seulement « ringardes » mais même très souvent oubliées.

Dérives « libertaristes » et égalitaristes

Et pourtant, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes : les sociétés occidentales ne semblent pas avoir connu de crises aussi profondes que celles qui l’ébranlent aujourd’hui : crise du couple, crise de la famille, crise de l’école, crise du politique, perte du civisme, perte d’autorité, perte de repères, perte de sens…

Les sociétés modernes ont certainement encore beaucoup à faire pour endiguer le machisme. Cette lutte, absolument nécessaire et même urgente, doit-elle pour autant nous empêcher de nous interroger sur l’évolution de cette vision du monde qui peut être qualifiée de « féminine » ou « féministe » dans la mesure où elle s’oppose de façon radicale à l’idéologie de la société patriarcale autoritaire et « machiste » ? Certaines réactions « féministes » ne vont-elles pas en effet trop loin ou n’ont-elles pas déjà fait « fausse route » comme le disent déjà des personnalités féministes ? Refuser de se poser la question, comme le suggèrent d’autres figures non moins médiatiques, équivaudrait à dénier toute possibilité de dérives dans cette formidable et indispensable réaction « féministe ». Ce serait aussi ranger toute critique dans le camp de l’ennemi réactionnaire.

« Certains enfants sans père ont des comportements de plus en plus nihilistes »

La nouvelle « idéologie » en devenant majoritaire parmi les hommes et les femmes peut d’autant plus être à l’origine de dérives que celles-ci soutenues avec une telle unanimité, ne sont plus perçues comme telles. Ainsi, les confusions apparaissent, là où elles sont le moins attendues, dans les notions de base qui semblent les plus évidentes en démocratie : la liberté et l’égalité. En effet la liberté se transforme souvent en « no limit » et l’égalité en droit a tendance à se muter en droit à l’égalité ?

Ces dérives « libertaristes » et égalitaristes concernent maintenant chaque famille, chaque établissement d’enseignement, chaque lieu où s’exerce un pouvoir et les conséquences sont particulièrement catastrophiques pour l’éducation de ceux qui représentent l’avenir de notre société.

L’éducation des enfants dans la famille est en première ligne. L’égalité qui aboutit souvent à la négation de la différence des sexes a tendance à faire disparaître les fonctions en même temps que les rôles. La fonction du père, trop associée à l’autoritarisme et à la répression n’est plus la bienvenue. Ainsi parce que le papa refuse de jouer la fonction du père et/ou parce que la maman n’a pas envie de la lui donner, il ne peut plus être l’« inter dicteur » entre la maman et l’enfant. Ce dernier reste dans la fusion et la confusion avec la maman qui étant perçue toute-puissante et sans limite par celui-ci ne peut les lui faire intégrer.

Enfants sans père, enfants violents

Ces enfants qui au mieux peuvent se soumettre pour céder à un chantage affectif restent des enfants hors la loi, non pas parce qu’ils la refusent mais parce qu’ils ne savent pas ce que c’est. N’ayant pas eu à faire à une autorité nommée par la maman, il ne peuvent la respecter et ne seront pas prêts à en suivre d’autres. Il en sera de même à l’école, où les parents ne confient plus l’autorité à un enseignant. Il en résulte de nombreux enfants-roi, hors la loi, qui ne veulent plus écouter l’adulte, que les parents ne placent plus dans la fonction de père. Ces mêmes enfants dont les capacités intellectuelles et la vivacité ne sont pas en cause, deviennent inaptes à la « co naissance » et se retrouvent souvent en échec scolaire.

Les enfants sans père et en manque de manque sont à la recherche de repères. Pour éviter une éducation sexiste, il ne leur est plus appris à devenir des hommes. N’ayant pas connu d’image paternelle suffisamment solide, ils sont souvent obligés de l’inventer quand ils arrivent à l’adolescence et ils le font dans la caricature : ils vont alors s’opposer brutalement à la maman pour pouvoir s’en dégager ou auront besoin d’inférioriser les femmes pour se prouver qu’ils sont des hommes !

Alors que cette idéologie voulait créer un monde plus délicat, plus tendre, plus pacifique, certains enfants sans père ont des comportements de plus en plus nihilistes, violents, barbares. Alors, faut-il, comme certains, prôner le retour en arrière et comme d’autres encore plus nombreux vouloir se ranger derrière le premier chef charismatique capable de les faire rêver ? Primo Lévi nous dit de se « méfier de ceux qui cherchent à nous convaincre par d’autres voix que celle de la raison » et les idéologies totalitaires du XXème siècle sont là pour nous le rappeler. Faut-il pour autant rester passif ? Après le passage dans l’enfance, la stagnation dans cette crise d’adolescence étant par trop conservatrice, ne serait-il pas souhaitable de tenter le passage à l’age adulte ? Le projet est certes difficile, mais passionnant surtout, si comme le dit Pascal, le plus important n’est pas la proie mais la chasse.

*Gérard Mendel, La Révolte contre le Père, Payot, 1986.

Jean GABARD

Le féminisme et ses dérives Du mâle dominant au père contesté. Les Editions de Paris, 2006

156 p, 16 €.

 

 

 

 

Le Dauphiné Libéré

Annonay et Tournon

Mardi 2 janvier 2007 « Le mardi 9 janvier à 18 h à la Presqu’île, et à l’initiative de la librairie « La Hulotte », Jean Gabard invite le public à dialoguer sur un des sujets majeurs qui se posent à notre société moderne. Quelle est la place du père dans l’éducation des enfants ? Vaste débat abordé par le conférencier qui prendra appui sur l’essai qu’il vient de publier aux Editions de Paris « Le féminisme et ses dérives ». (…) Le schéma proposé par Jean Gabard ne manque pas de pertinence. Il replace le triptyque familial dans une perspective plus élaborée, une humanité en mutation. Ce n’est pourtant pas faire œuvre d’antiféminisme que de mettre en garde vis à vis de certaines dérives. (…) En s’attaquant à un sujet sociologique face auquel certains esprits sont plus prompts à guerroyer qu’à en estimer la valeur et le sens, Jean Gabard se montre audacieux. »

 

18:55 Écrit par jeangabard | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook